Actions gratuites (AGA) : fonctionnement, plafonds et fiscalité

Périodes d'acquisition et de conservation, plafonds relevés en 2023, contribution patronale de 30 %, fiscalité du gain : le guide des AGA.

Actions gratuites (AGA) : fonctionnement, plafonds et fiscalité

En bref

  • L'attribution gratuite d'actions (AGA) permet à une société par actions de remettre des actions à ses salariés et à certains dirigeants, sans qu'ils aient à les payer.
  • Le bénéficiaire devient propriétaire au terme d'une période d'acquisition d'au moins un an, et ne peut céder ses actions qu'au terme d'une durée cumulée d'au moins deux ans.
  • Depuis la loi « partage de la valeur » du 29 novembre 2023, le plafond général est de 15 % du capital, 20 % dans les PME non cotées, et jusqu'à 40 % en cas d'attribution à l'ensemble des salariés.
  • L'entreprise supporte une contribution patronale de 30 % depuis le 1er mars 2025 ; le bénéficiaire est imposé au barème progressif, avec un abattement de 50 % jusqu'à 300 000 € de gain.

Les actions gratuites sont l'un des trois grands outils d'actionnariat salarié, aux côtés des BSPCE et des stock-options. Leur particularité : le bénéficiaire reçoit des actions sans rien débourser, ce qui en fait un levier de fidélisation accessible à toutes les sociétés par actions, y compris celles qui ne sont plus éligibles aux BSPCE.

Ce guide présente le fonctionnement du dispositif, les bénéficiaires et les plafonds applicables, son coût pour l'entreprise, la fiscalité du bénéficiaire et les points de vigilance de la mise en œuvre. La comparaison détaillée avec les deux autres instruments figure dans notre article BSPCE, AGA ou stock-options : le comparatif.

Comment fonctionnent les actions gratuites ?

L'attribution gratuite d'actions est régie par les articles L.225-197-1 et suivants du Code de commerce. Elle suppose une décision de l'assemblée générale extraordinaire, qui autorise l'opération, fixe le nombre maximal d'actions pouvant être attribuées et délègue à l'organe compétent — conseil d'administration, directoire ou organe désigné par les statuts en SAS — le soin de désigner les bénéficiaires et les quantités. Les actions attribuées peuvent être des actions existantes ou des actions à émettre.

Le dispositif se déroule ensuite selon un calendrier en deux temps :

  • La période d'acquisition, d'au moins un an à compter de la décision d'attribution. Pendant cette période, le bénéficiaire ne détient qu'un droit, incessible, et n'est pas encore actionnaire.
  • La période de conservation, qui court à compter de l'acquisition définitive. Le bénéficiaire est alors propriétaire de ses actions mais ne peut pas les céder. La durée cumulée des deux périodes ne peut être inférieure à deux ans.
Étape Situation du bénéficiaire Durée minimale
Attribution Reçoit un droit à recevoir des actions —
Période d'acquisition Droit incessible, pas encore actionnaire 1 an
Acquisition définitive Devient actionnaire —
Période de conservation Propriétaire, mais ne peut pas céder Durée cumulée avec l'acquisition d'au moins 2 ans

Exemple concret

Une société attribue des actions gratuites le 1er janvier 2027, avec une période d'acquisition d'un an et une période de conservation d'un an. Les bénéficiaires deviennent actionnaires le 1er janvier 2028 et peuvent céder leurs actions à partir du 1er janvier 2029. Un plan peut aussi prévoir une période d'acquisition de deux ans sans période de conservation : les actions sont alors cessibles dès leur acquisition définitive.

Qui peut recevoir des actions gratuites ?

Le dispositif est ouvert aux salariés de la société attributrice et à ceux des sociétés dont elle détient au moins 10 % du capital ou des droits de vote. Côté mandataires sociaux, sont éligibles le président du conseil d'administration, le directeur général, les directeurs généraux délégués, les membres du directoire et le gérant. Depuis la loi du 29 novembre 2023, une société non cotée peut également attribuer des actions gratuites aux mandataires sociaux de ses filiales.

Un plafond individuel s'applique : un salarié ou mandataire détenant 10 % ou plus du capital ne peut recevoir d'actions gratuites, et une attribution ne peut porter sa participation au-delà de ce seuil. Depuis la même loi, seules les actions détenues directement depuis moins de sept ans sont prises en compte pour apprécier ce plafond.

Quels plafonds pour les AGA depuis la loi « partage de la valeur » ?

L'article 17 de la loi n° 2023-1107 du 29 novembre 2023 a relevé les plafonds globaux d'attribution, applicables depuis le 1er décembre 2023. Ils s'apprécient en pourcentage du capital social à la date de la décision d'attribution.

Situation Plafond avant le 1er décembre 2023 Plafond actuel
Règle générale 10 % 15 %
PME non cotées, si les statuts le prévoient 15 % 20 %
Attribution à des salariés représentant plus de 50 % de l'effectif et plus de 25 % de la masse salariale — 30 %
Attribution à l'ensemble du personnel salarié 30 % 40 %

Les plafonds de 30 % et de 40 % ne s'appliquent qu'à une condition : au-delà de 15 % du capital, ou de 20 % dans les PME concernées, l'écart entre le nombre d'actions attribuées à chaque salarié ne peut excéder un rapport de un à cinq. Cette règle garantit le caractère collectif des attributions qui bénéficient des plafonds majorés.

Combien coûtent les actions gratuites à l'entreprise ?

Lorsque le régime légal est respecté, les actions gratuites sont exclues de l'assiette des cotisations de sécurité sociale. L'entreprise supporte en revanche une contribution patronale spécifique, dont l'article 19 de la loi n° 2025-199 du 28 février 2025 de financement de la sécurité sociale a porté le taux de 20 % à 30 %. Ce taux s'applique aux actions acquises à compter du 1er mars 2025, y compris lorsque l'attribution est antérieure.

La contribution est assise sur la valeur des actions à leur date d'acquisition définitive et n'est due que sur les actions effectivement acquises. Certaines petites et moyennes entreprises n'ayant jamais distribué de dividendes en sont exonérées, par salarié et dans la limite du plafond annuel de la sécurité sociale.

À retenir

Lorsque les actions attribuées sont des actions à émettre, l'opération entraîne une augmentation de capital à l'issue de la période d'acquisition, et donc une dilution des associés existants. Elle doit être anticipée dans la table de capitalisation dès l'autorisation du plan.

Comment sont imposées les actions gratuites pour le bénéficiaire ?

Le bénéficiaire réalise deux gains distincts. Le gain d'acquisition correspond à la valeur des actions au jour de leur acquisition définitive : c'est l'avantage consenti par l'entreprise. La plus-value de cession correspond à la différence entre le prix de revente et cette valeur d'acquisition. Les deux sont imposés l'année de la cession des actions.

Fraction du gain Imposition
Gain d'acquisition jusqu'à 300 000 € par an Barème progressif après un abattement de 50 %, sans condition de durée de détention, plus prélèvements sociaux sur les revenus du patrimoine
Gain d'acquisition au-delà de 300 000 € par an Barème progressif en traitements et salaires, sans abattement, plus prélèvements sociaux sur les revenus d'activité et contribution salariale de 10 %
Plus-value de cession Régime des plus-values mobilières de l'article 150-0 A du CGI : prélèvement forfaitaire unique ou, sur option globale, barème progressif

Exemple chiffré

Un salarié acquiert définitivement 1 000 actions valant 20 € chacune, soit un gain d'acquisition de 20 000 €. Il les revend deux ans plus tard à 30 €. Après l'abattement de 50 %, 10 000 € de gain d'acquisition sont soumis au barème progressif, auxquels s'ajoutent les prélèvements sociaux. La plus-value de cession de 10 000 € (1 000 × 10 €) relève quant à elle du régime des plus-values mobilières.

Les abattements pour durée de détention de 50 % et 65 % souvent cités ne s'appliquent pas aux plans autorisés depuis le 1er janvier 2018 : pour ces plans, seul l'abattement de 50 % sur la fraction du gain d'acquisition n'excédant pas 300 000 € s'applique. Un simulateur de plus-value permet d'estimer le gain à la revente selon différentes hypothèses de valorisation.

Pourquoi les AGA fidélisent et motivent les talents

Pour l'entreprise comme pour les collaborateurs, le dispositif présente plusieurs atouts :

  • Aucun décaissement pour le bénéficiaire. Le salarié devient actionnaire sans sortir de liquidités, contrairement aux BSPCE et aux stock-options qui supposent de payer un prix d'exercice.
  • Une valeur conservée en toute hypothèse. L'action reçue garde une valeur même si la valorisation de l'entreprise stagne, ce qui rend le dispositif moins risqué pour le bénéficiaire.
  • Un levier de rétention intégré. La période d'acquisition, assortie le cas échéant de conditions de présence ou de performance fixées par le plan, incite les collaborateurs à rester dans l'entreprise.
  • Une solution pour les sociétés non éligibles aux BSPCE. Les sociétés de plus de quinze ans, notamment, peuvent associer leurs talents au capital sans disposer de moyens financiers importants.

Si la valeur de l'entreprise croît, celle des actions distribuées augmente d'autant, et les bénéficiaires réalisent leur gain lors d'un événement de liquidité : cession secondaire ou sortie.

Sécuriser la mise en œuvre d'un plan d'AGA

  • Vérifier la documentation : statuts, décision d'assemblée générale extraordinaire, règlement de plan et décisions d'attribution doivent être cohérents entre eux et avec les plafonds légaux.
  • Tenir les échéances : dates d'attribution, de fin de période d'acquisition et de fin de période de conservation, pour chaque bénéficiaire.
  • Mettre à jour les registres : l'acquisition définitive des actions doit être inscrite au registre des mouvements de titres.
  • Anticiper les impacts : contribution patronale, fiscalité des bénéficiaires et dilution lors des prochains tours de financement.

Questions fréquentes

Quelle est la durée minimale d'une période d'acquisition d'AGA ?

La période d'acquisition ne peut être inférieure à un an. La durée cumulée des périodes d'acquisition et de conservation doit par ailleurs être d'au moins deux ans : un plan peut donc prévoir un an d'acquisition et un an de conservation, ou deux ans d'acquisition sans conservation.

Quel pourcentage du capital peut-on attribuer en actions gratuites ?

Depuis le 1er décembre 2023, le plafond général est de 15 % du capital social, porté à 20 % dans les PME non cotées lorsque les statuts le prévoient. Il atteint 30 % lorsque l'attribution bénéficie à des salariés représentant plus de 50 % de l'effectif et plus de 25 % de la masse salariale, et 40 % lorsqu'elle bénéficie à l'ensemble des salariés. Ces plafonds majorés supposent qu'au-delà de 15 % ou de 20 %, l'écart entre les attributions individuelles n'excède pas un rapport de un à cinq.

Quel est le taux de la contribution patronale sur les AGA ?

Il est de 30 % depuis le 1er mars 2025, contre 20 % auparavant. Il s'applique à la valeur des actions acquises à compter de cette date, y compris lorsque l'attribution est antérieure. Certaines PME n'ayant jamais distribué de dividendes en sont exonérées dans la limite du plafond annuel de la sécurité sociale par salarié.

Le salarié est-il imposé dès l'attribution des actions gratuites ?

Non. Le gain d'acquisition, égal à la valeur des actions au jour de leur acquisition définitive, est imposé l'année de la cession des actions, en même temps que la plus-value de cession. Jusqu'à 300 000 € par an, il est soumis au barème progressif après un abattement de 50 %.

Un mandataire social peut-il recevoir des actions gratuites ?

Oui, pour certains mandats : président du conseil d'administration, directeur général, directeurs généraux délégués, membres du directoire et gérant. Depuis la loi du 29 novembre 2023, une société non cotée peut également attribuer des actions gratuites aux mandataires sociaux de ses filiales. Le plafond individuel de 10 % du capital s'applique dans tous les cas.

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Échanger avec notre équipe

Cet article présente l'état du droit au 8 octobre 2026 à titre d'information générale. La mise en place d'un plan d'actions gratuites suppose l'intervention d'un conseil au regard de la situation propre de la société.

Sources

  • Code de commerce, articles L.225-197-1 et suivants (attributions gratuites d'actions) — Légifrance
  • Loi n° 2023-1107 du 29 novembre 2023 portant transposition de l'accord national interprofessionnel relatif au partage de la valeur au sein de l'entreprise, article 17 — Légifrance
  • Code de la sécurité sociale, article L.137-13 (contribution patronale) — Légifrance
  • Loi n° 2025-199 du 28 février 2025 de financement de la sécurité sociale pour 2025, article 19 — Légifrance
  • Code général des impôts, articles 80 quaterdecies, 150-0 A et 200 A — Légifrance
  • BOFiP, BOI-RSA-ES-20-20-10-10 (attribution d'actions gratuites, champ d'application) — bofip.impots.gouv.fr
Florian Dadre
CEO
Après avoir piloté le scale-up de la fintech QuickBooks en France, Florian a rejoint Uplaw en qualité de CEO. Fort d'une solide expérience à la direction commerciale et générale de groupes technologiques internationaux (Nokia, Microsoft, Intuit), il pilote le développement de la plateforme de gestion de l'actionnariat et de gouvernance des sociétés non cotées.

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