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Augmentation de capital par incorporation de réserves

Comment augmenter son capital sans apport d'argent ? Procédure, majorité et fiscalité de l'incorporation de réserves.

Augmentation de capital par incorporation de réserves

Augmentation de capital par incorporation de réserves : procédure et fiscalité

En bref

  • L'incorporation de réserves permet d'augmenter le capital social sans apport nouveau des associés : il s'agit d'un simple reclassement comptable des réserves existantes vers le capital.
  • Les réserves facultatives, le report à nouveau créditeur, la prime d'émission et la fraction excédentaire de la réserve légale (au-delà de 10 % du capital) sont mobilisables.
  • En SARL, une majorité de 50 % des parts sociales suffit — contre les 2/3 requis pour les autres augmentations de capital (art. L223-32 al. 2 du Code de commerce).
  • Depuis le 1er janvier 2021, l'enregistrement obligatoire auprès du service des impôts est supprimé. Seules la publication d'un avis modificatif et les formalités au greffe restent obligatoires.
  • L'opération est fiscalement neutre : ni produit imposable pour la société, ni plus-value immédiate pour les associés.

L'augmentation de capital par incorporation de réserves permet à une société de renforcer son capital social sans mobiliser de trésorerie et sans faire appel à de nouveaux apports. Les bénéfices mis en réserve et les autres postes disponibles des fonds propres sont simplement transférés vers le capital social. Le résultat est visible, rassurant pour les partenaires financiers, et l'opération bénéficie d'une procédure simplifiée et d'une fiscalité neutre. Ce guide détaille les conditions préalables, la procédure étape par étape, les règles de majorité allégées et le régime fiscal applicable depuis 2021.

Qu'est-ce qu'une augmentation de capital par incorporation de réserves ?

L'incorporation de réserves est une opération purement comptable. Elle ne génère aucun flux de trésorerie : des sommes déjà présentes dans les capitaux propres de la société sont transférées d'un poste à l'autre. Le capital social augmente, les réserves diminuent d'autant, et le total des capitaux propres reste identique.

Poste au bilan Avant incorporation Après incorporation (+ 50 000 €)
Capital social 100 000 € 150 000 €
Réserves facultatives 80 000 € 30 000 €
Report à nouveau 20 000 € 20 000 €
Total capitaux propres 200 000 € 200 000 €

Le total des capitaux propres ne change pas. C'est la structure interne qui évolue : le capital — portion la plus stable et la plus lisible — augmente, renforçant la confiance des banques et partenaires qui l'utilisent comme indicateur de solidité financière.

Schéma du reclassement comptable lors d'une augmentation de capital par incorporation de réserves
L'incorporation de réserves transfère des réserves vers le capital social. Le total des capitaux propres reste identique.

Quelles réserves peuvent être incorporées au capital ?

Tous les postes de réserves disponibles ne sont pas mobilisables. Peuvent être incorporées au capital :

  • Les réserves facultatives — constituées librement par décision des associés lors de l'affectation du résultat.
  • Le report à nouveau créditeur — les bénéfices des exercices précédents non encore affectés.
  • La prime d'émission — constituée lors d'augmentations de capital antérieures par apport en numéraire ou en nature.
  • La fraction excédentaire de la réserve légale — uniquement la part excédant le seuil obligatoire de 10 % du capital social. La dotation minimale doit rester intacte.

Exemple concret : Une SARL affiche un capital de 50 000 € et une réserve légale de 8 000 € (soit 16 % du capital). Le seuil obligatoire de 10 % correspond à 5 000 €. La fraction mobilisable est donc de 8 000 € − 5 000 € = 3 000 €. Ces 3 000 € peuvent être incorporés au capital ; les 5 000 € restants doivent demeurer en réserve légale.

Pourquoi incorporer des réserves plutôt que les distribuer ?

La comparaison avec une distribution de dividendes est instructive. Distribuer les réserves fait sortir de la trésorerie, réduit les capitaux propres et génère une fiscalité immédiate pour les associés (PFU à 31,4 % par défaut en 2026). L'incorporation de réserves ne fait rien de tout cela. Elle produit des effets inverses :

  • Renforcement de la solvabilité apparente — un capital plus élevé améliore les ratios scrutés par les banques lors d'une demande de financement.
  • Sécurisation face aux pertes futures — un capital social élevé constitue un "matelas" plus large avant d'atteindre une situation de capitaux propres inférieurs à la moitié du capital social, seuil qui déclenche des obligations légales contraignantes.
  • Aucune sortie de trésorerie — l'opération ne pénalise pas la capacité d'autofinancement de la société.
  • Neutralité fiscale immédiate — ni imposition pour la société, ni imposition pour les associés au moment de l'opération.

La procédure d'incorporation de réserves étape par étape

À retenir — Les 4 étapes de la procédure :

  • Étape 1 : Convoquer une assemblée générale extraordinaire dans les formes statutaires.
  • Étape 2 : Voter la résolution d'incorporation à la majorité requise (50 % en SARL).
  • Étape 3 : Rédiger le procès-verbal de l'AGE et modifier les statuts en conséquence.
  • Étape 4 : Publier un avis modificatif et déposer le dossier au greffe pour mise à jour du Kbis.

Convoquer une assemblée générale extraordinaire

L'incorporation de réserves modifie le montant du capital social, lequel figure dans les statuts. Cette modification statutaire relève obligatoirement de la compétence de l'assemblée générale extraordinaire (AGE). La convocation doit respecter les délais et modalités prévus par les statuts et la forme sociale — généralement 15 jours minimum avant la date de réunion — et mentionner précisément l'objet de l'AG : l'incorporation de réserves au capital social.

Rédiger le procès-verbal de l'assemblée

Le procès-verbal de l'AGE est la pièce centrale de l'opération. Il doit obligatoirement mentionner :

  • Le montant des réserves incorporées et leur nature (réserves facultatives, report à nouveau, prime d'émission…).
  • Le nouveau montant du capital social après incorporation.
  • Le mode de réalisation de l'augmentation : création de parts ou d'actions nouvelles attribuées gratuitement aux associés au prorata de leur détention, ou augmentation de la valeur nominale des titres existants.
  • La résolution de modification des statuts en cohérence avec le nouveau capital.

Avant de rédiger la résolution, il convient de vérifier précisément les postes mobilisables. Pour calculer sa réserve légale disponible et identifier la fraction excédentaire incorporable, les règles de calcul sont détaillées dans notre article dédié à la dotation à la réserve légale.

Quelle majorité pour voter une incorporation de réserves ?

L'incorporation de réserves bénéficie d'une règle de majorité spécifiquement allégée par rapport aux autres modifications statutaires. En SARL, l'article L223-32 alinéa 2 du Code de commerce prévoit qu'une décision d'augmentation de capital par incorporation de bénéfices ou de réserves peut être prise à la majorité représentant au moins la moitié des parts sociales — contre les deux tiers requis pour les autres augmentations de capital.

Type d'augmentation de capital Majorité requise en SARL Formalités spécifiques
Apport en numéraire 2/3 des parts sociales Libération min. 20 % à la souscription, solde dans les 5 ans
Apport en nature 2/3 des parts sociales Commissaire aux apports obligatoire si valeur > 30 000 €
Incorporation de réserves — parts nouvelles 50 % des parts sociales Aucun commissaire aux apports requis
Incorporation de réserves — hausse valeur nominale Unanimité Modifie l'engagement de chaque associé

Pour les SAS, les statuts fixent librement les conditions de majorité. En l'absence de clause spécifique, il convient de se référer aux dispositions statutaires applicables aux modifications statutaires en général.

Pourquoi cette majorité est-elle allégée ?

Le législateur a aligné les exigences sur les enjeux réels de l'opération. L'incorporation de réserves ne modifie ni les droits respectifs des associés — chacun conserve exactement la même proportion du capital —, ni leurs engagements financiers, ni n'introduit de nouveaux associés susceptibles de diluer les existants. L'opération est neutre pour chaque associé : sa part relative dans le capital reste identique avant et après.

À retenir : si l'assemblée choisit d'augmenter la valeur nominale des parts existantes plutôt que de créer des parts nouvelles, l'unanimité est requise — car cette modalité modifie l'engagement individuel de chaque associé. La création de parts nouvelles attribuées gratuitement au prorata évite cette contrainte et ne requiert que la majorité simple de 50 %.

Formalités de publicité et fiscalité de l'opération

L'incorporation de réserves ne dispense pas des formalités de publicité légale. Une fois le PV rédigé et les statuts modifiés, deux démarches restent obligatoires : la publication d'un avis modificatif dans un support habilité à recevoir des annonces légales, et le dépôt d'un dossier de modification au greffe du tribunal de commerce via le guichet unique de l'INPI pour mise à jour du Kbis [1].

Aucun droit d'enregistrement depuis 2021

Le régime fiscal de l'incorporation de réserves a été profondément simplifié en deux étapes. Depuis le 1er janvier 2019, les droits d'enregistrement sur les incorporations de réserves avaient déjà été ramenés à zéro (enregistrement gratuit). Puis depuis le 1er janvier 2021, la loi de finances pour 2021 (art. 18, modifiant l'article 635 du CGI) a supprimé l'obligation même de faire enregistrer l'acte auprès du service des impôts. La démarche administrative disparaît entièrement.

Exemple concret : Avant 2019, une société au capital supérieur à 225 000 € réalisant une incorporation de réserves acquittait un droit fixe de 500 €. Entre 2019 et 2020, l'enregistrement restait obligatoire mais gratuit. Depuis le 1er janvier 2021, même la formalité d'enregistrement a disparu : seules subsistent la publication d'un avis modificatif et le dépôt au greffe, communs à toutes les modifications statutaires.

Une opération neutre sur le plan fiscal pour la société et les associés

L'incorporation de réserves n'est pas un produit imposable pour la société. Du côté de l'impôt sur les sociétés, l'opération est transparente : aucun produit ne vient augmenter le résultat fiscal.

Pour les associés personnes physiques, aucune imposition n'intervient au moment de l'opération. Si la modalité retenue est la création de parts ou d'actions nouvelles gratuites, ces titres entrent dans le patrimoine des associés sans générer de revenu imposable. Leur valeur d'acquisition fiscale est nulle, ce qui sera pris en compte lors d'une cession ultérieure pour le calcul de la plus-value. Si la modalité retenue est l'augmentation de la valeur nominale des titres existants, les titres prennent de la valeur sans imposition immédiate — là encore, l'effet fiscal sera différé à la cession.

FAQ : questions fréquentes sur l'incorporation de réserves

Faut-il l'unanimité des associés pour incorporer des réserves ?

Non, sauf si la modalité retenue est l'augmentation de la valeur nominale des parts sociales existantes, qui requiert l'unanimité car elle modifie l'engagement de chaque associé. Si l'incorporation s'effectue par création de parts nouvelles attribuées gratuitement au prorata des participations existantes, une majorité de 50 % des parts sociales suffit en SARL (art. L223-32 al. 2 du Code de commerce), sauf clause statutaire plus stricte.

L'incorporation de réserves crée-t-elle de nouvelles parts ou actions ?

Selon la décision de l'assemblée, deux modalités sont possibles. La première est la création de titres nouveaux, attribués gratuitement aux associés existants au prorata strict de leur participation — chaque associé reçoit de nouvelles parts ou actions proportionnellement à ce qu'il détient déjà, sans modification des équilibres. La seconde est l'augmentation de la valeur nominale des titres existants, sans création de nouveaux titres. Cette deuxième option est plus simple administrativement mais requiert l'unanimité des associés en SARL.

Peut-on incorporer la totalité de la réserve légale ?

Non. Seule la fraction de la réserve légale excédant le seuil obligatoire de 10 % du capital social peut être incorporée. La dotation minimale correspondant à ce seuil doit rester intacte. Par exemple, pour une société au capital de 100 000 €, la réserve légale minimale obligatoire est de 10 000 €. Si la réserve légale constituée s'élève à 15 000 €, seuls 5 000 € peuvent être incorporés au capital.

L'incorporation de réserves doit-elle être enregistrée aux impôts ?

Non depuis le 1er janvier 2021 : la loi de finances pour 2021 a supprimé l'obligation d'enregistrement des actes constatant les augmentations de capital par incorporation de bénéfices, de réserves ou de provisions. Il n'y a donc plus ni démarche à accomplir auprès du service des impôts, ni droit à acquitter. Seules restent obligatoires la publication d'un avis modificatif dans un support habilité à recevoir des annonces légales et le dépôt du dossier de modification au greffe du tribunal de commerce via le guichet unique.

Conclusion

L'augmentation de capital par incorporation de réserves est l'un des leviers les plus simples pour renforcer la surface financière d'une société sans mobiliser de trésorerie et sans faire entrer de nouveaux associés. La procédure est allégée — majorité de 50 % en SARL — et la fiscalité est neutre depuis 2021. Elle reste néanmoins une modification statutaire qui impose un procès-verbal d'AGE, une publication légale et un dépôt au greffe, et qui doit s'accompagner d'une mise à jour rigoureuse des registres légaux de la société.

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Sources

  • [1] Article 635 du Code général des impôts modifié par la loi de finances pour 2021 (suppression de l'enregistrement obligatoire des augmentations de capital par incorporation de réserves à compter du 1er janvier 2021) — https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000020058646

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